Une marche au pied de l’Everest

Il y a des endroits où il est plus difficile d’exprimer sa différence. Parce qu’ils sont si nombreux, ceux qui sont passé par là avant nous, l’humilité nous oblige à reconnaître les traces qu’ils ont laissé derrière eux…

La région de l’Everest est certainement devenue l’un des grands classiques de la marche en Asie. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi. Le plus haut sommet du monde pointe en effet au fond du paysage. Mais il y a toujours eu beaucoup plus. D’abord un peuple fascinant – les Sherpas – qui pourrait sans doute gagner, si la chose existait et avait une quelconque signification, le prix du plus sympathique peuple du monde. Mais aussi tout un système ancien de sentiers particulièrement propices aux marches profondes dans l’Himalaya.

Sachant tout cela, on est en droit d’imaginer qu’il est moins facile alors de s’éloigner des sentiers déjà battus. Et dans l’ensemble, c’est tout à fait vrai. Il n’y a plus ici tout l’éloignement de Manaslu ou de Dhaulagiri (pour ne mentionner que deux de nos circuits au Népal). Il reste qu’on peut néanmoins s’offrir quelques délires un peu différents. Aujourd’hui, il faut savoir que plus de 80% des voyageurs optent pour la voie directe, c’est-à-dire la seule vallée de Lobuche pour un rapide aller-retour jusqu’au pied de l’Everest. Les autres (20%) choisissent dans leur écrasante majorité de passer par Gokyo ou par la vallée de Chukung. Quant à la vallée de Thame, elle reste le plus souvent ignorée.

Trois choses nous déplaisent dans un tel programme: le mot rapide, le mot aller-retour et le chiffre de 80%. Il faut aller à l’Everest autrement. Comme Gokyo devient de plus en plus populaire chaque année, il est plus que jamais nécessaire d’explorer la vallée de Thame. Nous continuons bien sûr à nous rendre jusqu’à Gokyo et ses lacs magnifiques, si près du splendide Cho Oyu et de son grand glacier, le Ngozumpa. Seulement, il ne nous parait pas nécessaire de remonter la vallée à partir du bas. Pourquoi ne pas l’atteindre plutôt par le chemin d’un col, le spectaculaire Renjo la? Et ressortir ensuite par cet autre col à l’est, le vertigineux Cho la…